Actus

23/10/2018

Kona : Comme un singe sur sa branche

posté à 06h59

Il m’aura fallu un petit moment pour me lancer dans ce résumé de mon Ironman d’Hawaii. Une bonne semaine sans trop y repenser pour pouvoir écrire quelque chose de concret, réel, et ne pas rester sur une réaction à chaud. Il m’aura aussi fallu un vol Los Angeles-Amsterdam de 11h pour me décider à y passer à cette page d’écriture devenue rituelle au fil de ma pratique du triathlon et plus particulièrement de l’Ironman.

Alors accrochez-vous, c’est parti on décolle !

Avant tout, petit récapitulatif des faits. Cet Ironman d’Hawaii, nous en parlions depuis une bonne année et demie. Comment y aller, où s’y qualifier, comment le préparer. Je voulais avoir toutes les chances de mon côte pour être serein sur l’aboutissement de ce projet. J’ai eu la chance d’avoir avec moi une équipe exceptionnelle, nul besoin de les nommer ici, ils savent bien qui ils sont et que sans eux je n’aurais pas pu réunir toutes les conditions nécessaires à préparer cet Ironman sereinement. De la qualification à Cozumel jusqu’à Hawaii en passant par Pampelune, L’Alpsman, le Triatbreizh puis Royan, j’ai pu à chaque fois apprendre et avancer sur mon plan de vol dont l’atterrissage était prévu ce 13 Octobre 2018. C’est autant une aventure personnelle que collective que nous avons vécue avec les partenaires les adhérents de l’association et surtout ma famille autour de moi qu’elle que soit la date et l’heure de la séance d’entrainement à faire ou du repos à s’accorder. Et c’est bien la où ça bloque… « Autour de moi »…quand on sait que nous avons tous nos vies à vivre, nos passions à achever et pour moi maintenant nos deux petits mecs à assumer, l’expression « autour de moi » est bien trop revenue en boucle et en priorité. J’ai réellement eu du mal par moment à assumer mon rôle de père, de conjoint ou d’ami. Tout comme le disait mon ami Yannick, le sportif est contraint à un égoïsme qui peut être dégoutant à la longue. C’est ce que je ressentais par moment, ce besoin continuel d’écouter son corps pour jauger sa fatigue, sont état de forme, la nécessité ou non d’en remettre ou de lever le pied. Tout ça est centré « autour de soi » et c’est alors compliqué de s’ouvrir aux autres. Je m’éloigne du sujet mais voilà un premier élément qui me travaillait personnellement. Non pas avant la course, car notre projet touchait à son terme, mais sur le long terme, sur l’envie de progresser encore et toujours qui impose, je pense, trop de fermeture sur soi. Je ne vais pas vous annoncer que j’arrête tout, que je deviens obèse (même si la dernière semaine post Ironman m’a mis un peu de plomb dans l’aile !!) mais j’ai l’ambition de devenir un papa plus présent, un conjoint plus aidant (et aimant) et de pouvoir conjuguer vie de famille et vie de professionnelle avec le sport greffé un petit peu autour en filigrane.

Arrivé 3 semaines avant l’Ironman, j’ai pu constater que la chaleur présente allait me jouer des tours si je n’en tenais pas compte. Les séances costauds de Guy-Marie avaient tendance à être trop ambitieuse alors que je les tenais assez solidement sur Niort, même lors des bonnes chaleurs estivales. Heureusement, loin des yeux mais pas loin du clavier, je pouvais communiquer avec lui et réfléchir à un plan de course à suivre pour le marathon, lui qui découvrait que l’Ile d’Hawaii n’était pas toute plate à la vue du profil altimétrique du marathon proposé ! Les natations en mer et en piscine étaient quasi quotidienne et cela aurait été une déception de ne pas pouvoir profiter de ce cadre exceptionnel pour s’entrainer une dernière fois comme un forcené pour cet Ironman. Tous les voyants étaient donc au vert avec une gestion de course intelligente et réfléchie qui devait m’emmener sur un marathon autour de 3h15 après une natation en moins d’une heure et un vélo autour de 4h40. Vous l’aurez compris, la cible des 9h devait passer dans une journée parfaite. Je savais que ce n’était pas si simple qu’en parler, concentration et bonne gestion devait m’y amener, le corps n’avait qu’à suivre…

Ce matin du 13 Octobre, je me levais pour retrouver mon ami Jean-Jacques, présent sur place en famille, au petit dej de 3h du matin dans notre appartement loué en commun. Je sens qu’il ne peut plus dormir, lui qui a vécu des émotions sportives incomparables. Cette grande journée va lui plaire ! Ensuite on se recouche puis à 5h c’est vraiment parti. Direction le marquage des dossards sur le corps par les bénévoles de l’Ironman, l’installation des boissons, des chaussures et du casque sur le vélo puis « vaselinification » des parties du corps en frottement sur les 9 prochaines heures de sport au programme du jour. Une fois le job effectué, l’attente peut paraître longue, mais je croise l’ami Yann Rocheteau avec qui nous patienterons jusqu’au départ à discuter tranquillement. Le départ natation est lui aussi beaucoup plus serein qu’en 2015. Je prend la décision cette année de partir sur la gauche afin d’éviter les coups. Dans l’eau j’attends avec des français autour de moi, j’ai donc plus de confiance sur le départ car nous nous positionnons selon nos temps de référence sur natation Ironman. Objectif moins d’1h atteint avec 58’ passées dans l’eau, sans un coup, sans se faire monter dessus, seulement quelques coups d’arrêts par moment mais très léger. Je sors gonflé à bloc en voyant mon temps, la journée s’annonce belle, je retranche 10’ à mon temps natation de 2015 ! S’il y a un exploit aujourd’hui, on peut le trouver là !

J’enfourche mon vélo après une transition rapide. La densité est présente mais je suis beaucoup moins dans le « ventre mou » de la course et les groupes que je croise au premier demi tour sont plus fournis que ce que j’ai vu devant moi. La puissance à maintenir est plus haute sur le départ car beaucoup de montées/descentes se présentent à nous. Ensuite la puissance se stabilise autour de 270/275 sur l’autoroute lors du premier aller mais je suis plus souvent entre 260 et 270. Le trafic cycliste est trop dense pour pouvoir se concentrer seulement sur son effort, trop de monde autour pour nous passer puis se poser devant nous en ralentissant l’allure. Ce qui force à des changements d’allure très récurrents lors desquels on doit passer bien au dessus de la cible pour redoubler puis se faire redoubler, etc, etc…
Je sens toutefois aux sensations que les 270W ne sont pas dans la zone de confort souhaitée, celle dans laquelle je suis habituellement. Je me jauge ainsi et décide d’alléger l’allure car la chaleur doit jouer elle aussi avec mon corps, il faut adapter l’allure comme en course à pied. Je tiens la cible jusqu’au demi-tour d’Hawi (km 100 environ) puis le retour se fera vent de dos. Assez compliqué de tenir la puissance dans ce vent de dos mais la vitesse est bonne et je vois que mes prévisions de temps vont être meilleures que prévues. Mais je vois aussi du monde devant en groupe d’âge qui joue intelligemment le coup en se déplaçant en « team » improvisée du jour. L’union fait la force et ils l’ont bien compris. Ce n’est pas l’idée que j’ai d’un Ironman. Voilà une raison pour laquelle on ne retrouve pas les mêmes devant sur des courses d’une telle densité. J’ai une vision très différente de l’Ironman que celle de cette course où la tactique prime souvent sur la force personnelle lors du parcours cycliste. La perte de mon bidon avant et la fin de mon bidon arrière viennent perturber le plan d’hydratation. Je suis forcé de prendre les bouteilles de Gatorade tendues par les bénévoles. Et là je ne mets pas longtemps à sentir le ventre se tordre un peu par moment. Malgré cela, je pose le vélo en 4h33 et vois que je dois courir le marathon entre 3h20 et 3h24 pour passer sous les 9h, c’est très très jouable ! Malgré la sensation que quelque chose ne va pas en terme d’énergie ou de force, je pense pouvoir réussir à courir mon marathon autour de 3h15. Je pars donc sur le 4’25/km prévu avec la sensation trompeuse de pouvoir courir comme ça pendant des heures et des heures. Malheureusement ça n’aura pas attendu 30’ avant que mon ventre n’explose en plein vol. Des poings de côté comme des coups de poignards se font ressentir dans tous les sens, impossible de respirer, j’arrive encore à courir autour de 4’30 mais je n’arrive pas à tenir une foulée correcte donc économe. Ca tape beaucoup plus et les jambes n’aiment pas ça. Je suis maintenant sur le premier Aller/Retour sur Alii Drive et je me bats pour rester à l’allure de gestion voulue. Je ne me bats pas à l’extrême mais je suis pressé d’arriver sur la Queen K où on avait prévu de redescendre en 4’40/km pour tenter un retour d’Energy Lab en costaud. Mais je ne pense pas à ce retour, avancer me permet d’espérer mais je sens que je n’ai plus rien à gagner. Les objectifs sont à oublier, il faut simplement avancer. C’est alors que le petit singe en moi apparaît. Lorsqu’un coureur me passe avec une allure qui n’est pas supersonique je verrouille la cible et accroche pour me relancer au maximum, tenir jusqu’à ne plus en pouvoir puis retomber…pour m’accrocher à la branche suivante. Cette technique me permet de rester dans une sorte de course poursuite qui active un peu plus mon allure bien que ça fasse mal, c’est moins douloureux que de trainer sa misère sur une autoroute en pleine chaleur à courir un marathon un samedi après-midi d’Octobre. Le mental fait des montagnes russes avec les hauts de moins en moins haut et des bas…de plus en plus bas. Je ne tiens plus le 5’/km sur le retour d’Energy Lab, l’allure qui m’aurait permis de passer sous les 9h finale. J’ai beau rêver de ce Sub9, ça ne suffit plus pour avancer plus vite. Rien à faire d’autre qu’avancer. Un stop pipi en bas d’Energy lab, des stop arrosage à chaque ravito, voilà ce qui égraine les kilomètres de ce marathon que je boucle en 3h26, bien râpé physiquement avec un genou gauche venu se tendre lors de la dernière descente, signe que le ventre qui n’a pas aimé le Gatorade est au bout du rouleau. Terminer est une délivrance. Je n’ai besoin que d’une chose après cette ligne, c’est de calme…et même là, impossible d’obtenir cela, 2 gentils bénévoles viennent m’accompagner pour me guider vers l’after finish. J’ai envie de leur dire que je connais le chemin, qu’ils peuvent me laisser plutôt que de me poser 36 questions dont une récurrente qui voulait me demander si j’étais sur que ça allait, s’il ne fallait pas que j’aille voir la tente des médecins. Je dois vraiment avoir une sale mine. Ils me laissent un peu trop loin car une autre bénévole leur dit qu’ils n’ont rien à faire là et qu’ils doivent me laisser et retourner sur la ligne accueillir les suivants. Ouf, merci madame ! J’ère dans l’after finish, vois Clémence pour un bisou puis je me dirige vers les tentes de massage. Un bon massage hawaiien, voilà de quoi me remonter le moral moi qui suis passé au travers des objectifs. Le premier trop ambitieux de podium (je suis autour de la 25/30ème place) et les 2 autres pas passés loin mais il aurait fallu être dans un meilleur jour pour le Top 100 (je suis 122ème) et Sub9 (9h02). Le coup est passé à côté, j’ai fait une course honnête mais pas exceptionnelle. L’exploit aurait pu arriver dans une grande journée mais je pense que le podium de ce groupe d’âge 30-34 était hors de portée. Il faut viser les étoiles pour atteindre la lune. Ce top 3 était l’étoile et j’ai raté la lune de quelques poussières. J’aurais aussi peut-être pu améliorer ce temps si j’avais été animé par la course, son parcours et ses profils. Hormis la natation, courir sur autoroute constamment entouré d’autres triathlètes n’a rien de sexy. Et le marathon passant par ce même parcours sur la Queen K n’a d’autre intérêt que de tester le mental de ceux qui l’affrontent. Je me suis peut-être trop habitué aux courses que j’ai pu faire avant où l’aventure se vit le jour de la course avec des paysages magnifiques comme dans les alpes ou lors des Ironman où l’on sent une communion forte avec le public à chaque passage régulier. J’essayais de me dire que Cozumel ressemblait à Hawaii mais j’ai eu le malheur de tomber sur un Ironman tellement beau et vivant qu’on se trouvait en fait à l’opposé de ce qu’on ressent à Kona. Il y a ici une sorte de tension bestiale orientée sur la performance et le besoin pour chacun de se mesurer aux meilleurs. Je pense n’avoir pas besoin de me mesurer à meilleur que moi pour tirer mon plein potentiel mais plutôt d’avoir ce supplément de motivation qui surgit lorsqu’on s’éclate à vivre un truc exceptionnel, avec ou sans concurrence, sur des parcours magnifiques ou dans des ambiances de folies. Hormis le mythe de cet Ironman et le besoin de connaître sa valeur, je n’ai pas d’intérêt à retourner là bas. Le chemin est long et l’aboutissement est une sorte de dernier combat ou chacun en ressort un peu cabossé. A tête reposée c’est surtout ce que je ressors de cet Ironman d’Hawaii. La valeur d’une course ne peux pas suffire à elle seule à sacrifier autant de temps car cet Ironman n’a pas tant de chose à offrir que du test physique et mental dans un coin paradisiaque que l’on « s’amuse » à fuir toute la journée.

Au final, j’ai réussi à faire ce que j’ai pu suite à une préparation que je trouvais idéale et qui me faisait certainement ambitionner trop haut par rapport à ma réelle valeur. C’est peut-être ça qui est le plus dur, 122ème dans le monde, voilà ou j’en suis. Ce n’est ni bon ni mauvais, c’est honnête. Je n’ai pas à en rougir mais plutôt à être fier d’avoir fait avec mes moyens et encore une fois d’être allé au bout de cette longue journée de sport.

 


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