Actus

23/10/2018

Kona : Comme un singe sur sa branche

posté à 06h59

Il m’aura fallu un petit moment pour me lancer dans ce résumé de mon Ironman d’Hawaii. Une bonne semaine sans trop y repenser pour pouvoir écrire quelque chose de concret, réel, et ne pas rester sur une réaction à chaud. Il m’aura aussi fallu un vol Los Angeles-Amsterdam de 11h pour me décider à y passer à cette page d’écriture devenue rituelle au fil de ma pratique du triathlon et plus particulièrement de l’Ironman.

Alors accrochez-vous, c’est parti on décolle !

Avant tout, petit récapitulatif des faits. Cet Ironman d’Hawaii, nous en parlions depuis une bonne année et demie. Comment y aller, où s’y qualifier, comment le préparer. Je voulais avoir toutes les chances de mon côte pour être serein sur l’aboutissement de ce projet. J’ai eu la chance d’avoir avec moi une équipe exceptionnelle, nul besoin de les nommer ici, ils savent bien qui ils sont et que sans eux je n’aurais pas pu réunir toutes les conditions nécessaires à préparer cet Ironman sereinement. De la qualification à Cozumel jusqu’à Hawaii en passant par Pampelune, L’Alpsman, le Triatbreizh puis Royan, j’ai pu à chaque fois apprendre et avancer sur mon plan de vol dont l’atterrissage était prévu ce 13 Octobre 2018. C’est autant une aventure personnelle que collective que nous avons vécue avec les partenaires les adhérents de l’association et surtout ma famille autour de moi qu’elle que soit la date et l’heure de la séance d’entrainement à faire ou du repos à s’accorder. Et c’est bien la où ça bloque… « Autour de moi »…quand on sait que nous avons tous nos vies à vivre, nos passions à achever et pour moi maintenant nos deux petits mecs à assumer, l’expression « autour de moi » est bien trop revenue en boucle et en priorité. J’ai réellement eu du mal par moment à assumer mon rôle de père, de conjoint ou d’ami. Tout comme le disait mon ami Yannick, le sportif est contraint à un égoïsme qui peut être dégoutant à la longue. C’est ce que je ressentais par moment, ce besoin continuel d’écouter son corps pour jauger sa fatigue, sont état de forme, la nécessité ou non d’en remettre ou de lever le pied. Tout ça est centré « autour de soi » et c’est alors compliqué de s’ouvrir aux autres. Je m’éloigne du sujet mais voilà un premier élément qui me travaillait personnellement. Non pas avant la course, car notre projet touchait à son terme, mais sur le long terme, sur l’envie de progresser encore et toujours qui impose, je pense, trop de fermeture sur soi. Je ne vais pas vous annoncer que j’arrête tout, que je deviens obèse (même si la dernière semaine post Ironman m’a mis un peu de plomb dans l’aile !!) mais j’ai l’ambition de devenir un papa plus présent, un conjoint plus aidant (et aimant) et de pouvoir conjuguer vie de famille et vie de professionnelle avec le sport greffé un petit peu autour en filigrane.

Arrivé 3 semaines avant l’Ironman, j’ai pu constater que la chaleur présente allait me jouer des tours si je n’en tenais pas compte. Les séances costauds de Guy-Marie avaient tendance à être trop ambitieuse alors que je les tenais assez solidement sur Niort, même lors des bonnes chaleurs estivales. Heureusement, loin des yeux mais pas loin du clavier, je pouvais communiquer avec lui et réfléchir à un plan de course à suivre pour le marathon, lui qui découvrait que l’Ile d’Hawaii n’était pas toute plate à la vue du profil altimétrique du marathon proposé ! Les natations en mer et en piscine étaient quasi quotidienne et cela aurait été une déception de ne pas pouvoir profiter de ce cadre exceptionnel pour s’entrainer une dernière fois comme un forcené pour cet Ironman. Tous les voyants étaient donc au vert avec une gestion de course intelligente et réfléchie qui devait m’emmener sur un marathon autour de 3h15 après une natation en moins d’une heure et un vélo autour de 4h40. Vous l’aurez compris, la cible des 9h devait passer dans une journée parfaite. Je savais que ce n’était pas si simple qu’en parler, concentration et bonne gestion devait m’y amener, le corps n’avait qu’à suivre…

Ce matin du 13 Octobre, je me levais pour retrouver mon ami Jean-Jacques, présent sur place en famille, au petit dej de 3h du matin dans notre appartement loué en commun. Je sens qu’il ne peut plus dormir, lui qui a vécu des émotions sportives incomparables. Cette grande journée va lui plaire ! Ensuite on se recouche puis à 5h c’est vraiment parti. Direction le marquage des dossards sur le corps par les bénévoles de l’Ironman, l’installation des boissons, des chaussures et du casque sur le vélo puis « vaselinification » des parties du corps en frottement sur les 9 prochaines heures de sport au programme du jour. Une fois le job effectué, l’attente peut paraître longue, mais je croise l’ami Yann Rocheteau avec qui nous patienterons jusqu’au départ à discuter tranquillement. Le départ natation est lui aussi beaucoup plus serein qu’en 2015. Je prend la décision cette année de partir sur la gauche afin d’éviter les coups. Dans l’eau j’attends avec des français autour de moi, j’ai donc plus de confiance sur le départ car nous nous positionnons selon nos temps de référence sur natation Ironman. Objectif moins d’1h atteint avec 58’ passées dans l’eau, sans un coup, sans se faire monter dessus, seulement quelques coups d’arrêts par moment mais très léger. Je sors gonflé à bloc en voyant mon temps, la journée s’annonce belle, je retranche 10’ à mon temps natation de 2015 ! S’il y a un exploit aujourd’hui, on peut le trouver là !

J’enfourche mon vélo après une transition rapide. La densité est présente mais je suis beaucoup moins dans le « ventre mou » de la course et les groupes que je croise au premier demi tour sont plus fournis que ce que j’ai vu devant moi. La puissance à maintenir est plus haute sur le départ car beaucoup de montées/descentes se présentent à nous. Ensuite la puissance se stabilise autour de 270/275 sur l’autoroute lors du premier aller mais je suis plus souvent entre 260 et 270. Le trafic cycliste est trop dense pour pouvoir se concentrer seulement sur son effort, trop de monde autour pour nous passer puis se poser devant nous en ralentissant l’allure. Ce qui force à des changements d’allure très récurrents lors desquels on doit passer bien au dessus de la cible pour redoubler puis se faire redoubler, etc, etc…
Je sens toutefois aux sensations que les 270W ne sont pas dans la zone de confort souhaitée, celle dans laquelle je suis habituellement. Je me jauge ainsi et décide d’alléger l’allure car la chaleur doit jouer elle aussi avec mon corps, il faut adapter l’allure comme en course à pied. Je tiens la cible jusqu’au demi-tour d’Hawi (km 100 environ) puis le retour se fera vent de dos. Assez compliqué de tenir la puissance dans ce vent de dos mais la vitesse est bonne et je vois que mes prévisions de temps vont être meilleures que prévues. Mais je vois aussi du monde devant en groupe d’âge qui joue intelligemment le coup en se déplaçant en « team » improvisée du jour. L’union fait la force et ils l’ont bien compris. Ce n’est pas l’idée que j’ai d’un Ironman. Voilà une raison pour laquelle on ne retrouve pas les mêmes devant sur des courses d’une telle densité. J’ai une vision très différente de l’Ironman que celle de cette course où la tactique prime souvent sur la force personnelle lors du parcours cycliste. La perte de mon bidon avant et la fin de mon bidon arrière viennent perturber le plan d’hydratation. Je suis forcé de prendre les bouteilles de Gatorade tendues par les bénévoles. Et là je ne mets pas longtemps à sentir le ventre se tordre un peu par moment. Malgré cela, je pose le vélo en 4h33 et vois que je dois courir le marathon entre 3h20 et 3h24 pour passer sous les 9h, c’est très très jouable ! Malgré la sensation que quelque chose ne va pas en terme d’énergie ou de force, je pense pouvoir réussir à courir mon marathon autour de 3h15. Je pars donc sur le 4’25/km prévu avec la sensation trompeuse de pouvoir courir comme ça pendant des heures et des heures. Malheureusement ça n’aura pas attendu 30’ avant que mon ventre n’explose en plein vol. Des poings de côté comme des coups de poignards se font ressentir dans tous les sens, impossible de respirer, j’arrive encore à courir autour de 4’30 mais je n’arrive pas à tenir une foulée correcte donc économe. Ca tape beaucoup plus et les jambes n’aiment pas ça. Je suis maintenant sur le premier Aller/Retour sur Alii Drive et je me bats pour rester à l’allure de gestion voulue. Je ne me bats pas à l’extrême mais je suis pressé d’arriver sur la Queen K où on avait prévu de redescendre en 4’40/km pour tenter un retour d’Energy Lab en costaud. Mais je ne pense pas à ce retour, avancer me permet d’espérer mais je sens que je n’ai plus rien à gagner. Les objectifs sont à oublier, il faut simplement avancer. C’est alors que le petit singe en moi apparaît. Lorsqu’un coureur me passe avec une allure qui n’est pas supersonique je verrouille la cible et accroche pour me relancer au maximum, tenir jusqu’à ne plus en pouvoir puis retomber…pour m’accrocher à la branche suivante. Cette technique me permet de rester dans une sorte de course poursuite qui active un peu plus mon allure bien que ça fasse mal, c’est moins douloureux que de trainer sa misère sur une autoroute en pleine chaleur à courir un marathon un samedi après-midi d’Octobre. Le mental fait des montagnes russes avec les hauts de moins en moins haut et des bas…de plus en plus bas. Je ne tiens plus le 5’/km sur le retour d’Energy Lab, l’allure qui m’aurait permis de passer sous les 9h finale. J’ai beau rêver de ce Sub9, ça ne suffit plus pour avancer plus vite. Rien à faire d’autre qu’avancer. Un stop pipi en bas d’Energy lab, des stop arrosage à chaque ravito, voilà ce qui égraine les kilomètres de ce marathon que je boucle en 3h26, bien râpé physiquement avec un genou gauche venu se tendre lors de la dernière descente, signe que le ventre qui n’a pas aimé le Gatorade est au bout du rouleau. Terminer est une délivrance. Je n’ai besoin que d’une chose après cette ligne, c’est de calme…et même là, impossible d’obtenir cela, 2 gentils bénévoles viennent m’accompagner pour me guider vers l’after finish. J’ai envie de leur dire que je connais le chemin, qu’ils peuvent me laisser plutôt que de me poser 36 questions dont une récurrente qui voulait me demander si j’étais sur que ça allait, s’il ne fallait pas que j’aille voir la tente des médecins. Je dois vraiment avoir une sale mine. Ils me laissent un peu trop loin car une autre bénévole leur dit qu’ils n’ont rien à faire là et qu’ils doivent me laisser et retourner sur la ligne accueillir les suivants. Ouf, merci madame ! J’ère dans l’after finish, vois Clémence pour un bisou puis je me dirige vers les tentes de massage. Un bon massage hawaiien, voilà de quoi me remonter le moral moi qui suis passé au travers des objectifs. Le premier trop ambitieux de podium (je suis autour de la 25/30ème place) et les 2 autres pas passés loin mais il aurait fallu être dans un meilleur jour pour le Top 100 (je suis 122ème) et Sub9 (9h02). Le coup est passé à côté, j’ai fait une course honnête mais pas exceptionnelle. L’exploit aurait pu arriver dans une grande journée mais je pense que le podium de ce groupe d’âge 30-34 était hors de portée. Il faut viser les étoiles pour atteindre la lune. Ce top 3 était l’étoile et j’ai raté la lune de quelques poussières. J’aurais aussi peut-être pu améliorer ce temps si j’avais été animé par la course, son parcours et ses profils. Hormis la natation, courir sur autoroute constamment entouré d’autres triathlètes n’a rien de sexy. Et le marathon passant par ce même parcours sur la Queen K n’a d’autre intérêt que de tester le mental de ceux qui l’affrontent. Je me suis peut-être trop habitué aux courses que j’ai pu faire avant où l’aventure se vit le jour de la course avec des paysages magnifiques comme dans les alpes ou lors des Ironman où l’on sent une communion forte avec le public à chaque passage régulier. J’essayais de me dire que Cozumel ressemblait à Hawaii mais j’ai eu le malheur de tomber sur un Ironman tellement beau et vivant qu’on se trouvait en fait à l’opposé de ce qu’on ressent à Kona. Il y a ici une sorte de tension bestiale orientée sur la performance et le besoin pour chacun de se mesurer aux meilleurs. Je pense n’avoir pas besoin de me mesurer à meilleur que moi pour tirer mon plein potentiel mais plutôt d’avoir ce supplément de motivation qui surgit lorsqu’on s’éclate à vivre un truc exceptionnel, avec ou sans concurrence, sur des parcours magnifiques ou dans des ambiances de folies. Hormis le mythe de cet Ironman et le besoin de connaître sa valeur, je n’ai pas d’intérêt à retourner là bas. Le chemin est long et l’aboutissement est une sorte de dernier combat ou chacun en ressort un peu cabossé. A tête reposée c’est surtout ce que je ressors de cet Ironman d’Hawaii. La valeur d’une course ne peux pas suffire à elle seule à sacrifier autant de temps car cet Ironman n’a pas tant de chose à offrir que du test physique et mental dans un coin paradisiaque que l’on « s’amuse » à fuir toute la journée.

Au final, j’ai réussi à faire ce que j’ai pu suite à une préparation que je trouvais idéale et qui me faisait certainement ambitionner trop haut par rapport à ma réelle valeur. C’est peut-être ça qui est le plus dur, 122ème dans le monde, voilà ou j’en suis. Ce n’est ni bon ni mauvais, c’est honnête. Je n’ai pas à en rougir mais plutôt à être fier d’avoir fait avec mes moyens et encore une fois d’être allé au bout de cette longue journée de sport.

 


18/09/2018

Half Royan, à 4 semaines de la grande messe !

posté à 11h52

J’adore l’Half de Royan ! Je n’y ai jamais réalisé la perf complète que j’espérais avec souvent des petits pépins ou une mauvaise gestion de ma course mais j’y retourne à chaque fois super heureux…allez savoir pourquoi ? Moi je sais pourquoi ! Cette course a une particularité, une émotion différente des autres triathlons Half en France. J’y ai débuté sur la distance, j’ai souvent beaucoup de proches et amis qui viennent passer une journée sympa au bord de la mer à même pas une heure et demie de la maison et surtout quand on regarde la startlist on est content d’être au milieu de ces noms prestigieux du triathlon français ! Cette année ne dérogeait pas à la règle mais je me suis incrusté dans le groupe de champions qui faisaient le spectacle à l’avant. De l’émotion je vous dis !
Arrivés vendredi après-midi pour récupérer dossards et faire tourner les bras dans la mer, j’allais toucher quelques méduses à marée basse. C’est degueu mais elles ne piquent pas donc à part le petit coup de stress de toucher ce truc visqueux on pourrait presque dire que c’est rigolo. Le thème du weekend était certes le triathlon Half de Royan mais surtout l’arrosage comme il se doit de la retraite de ma mère. Celle dont je ne vous parle pas souvent mais qui est aussi importante que mes chaussures à vélo ou me gels en course à pied. Le weekend ne pouvait être qu’une réussite parce qu’on était là pour lui faire une petite surprise de regrouper notre petite famille dans une maison du coin afin d’être la avec elle le reste du weekend.
Le samedi matin, le plan se déroulait sans accroc, elle ne se doutais encore de rien. Seul moi, ma compagne et les enfants étiont dans la maison avec eux, oui 4 chambres ça parait beaucoup mais « on avait réservé au dernier moment » et « yavait plus que ça » ! 😉
Petit déj matinal, très décontracté et serein, j’avais envie d’y aller dans cette mer, le boulot effectué en Aout me laissait penser que la journée serait bonne et la semaine plus cool me laissait des sensations agréables de fraicheur dans les jambes et même dans les bras que j’avais du calmer la veille car ils avaient envie de vraiment nager vite.
Le départ sur la plage est étrange, on court comme des fous à l’eau et le contrecoup est qu’après 50m de natation, je n’avais plus rien, petite chute de tension suite à ce « BOOM » du départ. Je reprenais un rythme assez bon pour repasser beaucoup de monde et me retrouver rapidement à lâcher les copains autour de moi. Le groupe de devant me paraissait déjà moins mais peu nombreux. Malheureusement trop loin pour que je puisse rentrer, je faisais mon retour vers la plage en solo, appliqué sur ma technique en y mettant la force nécessaire. Super sensations de lâcher les nageurs autour de moi au demi-tour quand j’avais eu envie d’appuyer un peu plus ! Je sors 12ème de l’eau, sur un niveau aussi relevé et tout seul ça nage très bien, la progression continue !
Départ vélo sereinement, je me calme pour enfiler mes chaussures une fois lancé et ne pas reproduire le même cafouillage qu’au Triatbreizh. Ça se passe mieux mais un élastique reste autour de ma chaussure droite tout en pédalant, je l’enlève et celui-ci décide d’aller se caler dans la roue libre…bon tant pis. Mais voila qu’en tournant il vient percuter le câble connectant le dérailleur arrière et le déconnecter. Je m’en rends compte au bout de 30’’ car je ne peut plus passer de vitesses. A peine 3kms de faits et je vois déjà la tuile arriver…pour Royan après tout c’est normal, ça suivra la lignée des autres années ! Je réfléchis calmement et décide de m’arrêter en haut du petit taquet au bout de la première ligne droite, comme ça je ne m’arrêterais pas à pleine vitesse et je pourrais repartir dans la descente donc je perdrais un peu moins de temps. J’exécute le plan, c’est-à-dire enlever l’élastique de la roue libre (pas facile il est bien enroulé) et reconnecté le câble et la VICTOIRE, les vitesses refonctionnent parfaitement ! C’est reparti ! Le vélo se passe bien, la puissance est très bonne, je reprend du monde, surtout dans le deuxième tour car je ne faiblis quasiment pas même si ça semble un peu plus dur au 2ème tour qu’au premier.
J’arrive à poser le vélo en 5ème position après avoir repris Gwenael Ouillères juste avant l’entrée dans le parc à vélo. Il repars avant moi mais je veux lui repasser devant alors je cours vite et le repasse pour prendre mon rythme sur ce semi-marathon. Les jambes sont vraiment bonnes et j’aperçois au loin le 4ème qui est Pacôme Thibault-Lopez.Je rentre assez vite sur lui et le reprendrait au bout d’environ 7kms. Il me dit d’aller chercher la 2ème place, il à l’air de croire que je pouvais le faire. Et la ça fait tilt. Alors si on résume, je suis 4ème sur le triathlon de Royan, j’ai laché Gwenael Ouillère qui a terminé 3ème de l’Embrunman il y a un mois. Je rentre sur Toumy Degham à pied, un exemple de performances et de longévité sur les triathlons français et d’outre-mer. Sylvain Sudrie (multiple champion du monde) semble courir un peu moins vite que moi mais est quand même assez loin devant. C’est énorme ! J’avais dit avant de démarrer la prépa pour Kona que je voulais passer un palier dans mon niveau mais là j’y suis ! Je suis au milieu des mecs que j’admire pour leur perf (eh oui je ne les connais pas je ne peux pas les admirer pour autre chose !). Je suis au combat devant et surtout je reste concentré sur mon semi. Je n’ai aucune envie de m’enflammer car je suis tellement content d’en être arrivé là avec tout ce travail planifié et effectué avec mon coach, tout l’été passé à aller courir/ aller bosser / nager / aller bosser / rouler. Clémence en mode nounou pour les enfants (l’été prochain tu peux te barrer un mois si tu veux, je resterais en mission à la maison style « Babysittor » ou « Un flic à la maternelle »)…mais je serais aussi heureux qu’on puisse rester ensemble un peu plus !
Je rentre donc légèrement sur les 2 de devant mais ils se tirent eux deux la bourre pour la seconde place, je ne sui spas assez au contact pour avoir le contact visuel et leur relance finale ne me permet pas de me rapprocher plus. Je termine donc 4ème avec tout de même le 2ème temps à pied derrière Sébastien Fraysse. Au-dessus du lot sur l’ensemble du triathlon, il a écœuré la concurrence, il est bien loin le temps ou je le reprenais à la petite cuillère sur la fin de son semi lors du Half de Lacanau 2017 ! Bravo monsieur !
Quelle joie d’en finir (parce que oui ça fait du bien quand ça s’arrête !) à une telle place !
Voilà où j’en suis de ma prépa. La machine tourne bien, le vélo est ultra-performant et les Adidas Boston ont passé le test de validation de la vitesse pour effleurer le bitume de la Queen K lors du marathon de l’Ironman d’Hawaii (J’ai bien dit effleuré, pas écraser hein) !
Il me reste maintenant à bonifier le physique durant ce dernier mini-stage à Hawaii dès la semaine prochaine puis on pourra dormir tranquillement en attendant le jour J !

 


25/07/2018

Triatbreizh 2018

posté à 12h15

En ce mois de Juillet j’avais coché le Triatbreizh non pas comme un objectif mais pour relancer la machine après une bonne coupure post-Alpsman. La date de cet Half Ironman collait exactement avec le timing que je m’étais mis en tête de 2 semaines OFF suivis de 4 de reprise active pour commencer à voir la condition s’améliorer jusqu’au jour de la compétition. En plus de la date qui me convenait bien, le triathlon en lui-même m’était familier car j’avais pu y prendre une seconde place il y a 2 ans derrière un très costaud Sylvain Sudrie et grâce, il faut bien se l’avouer, à un ennui mécanique de Cyril Viennot cette journée-là. L’ambiance et les parcours m’avaient ravis et j’y retournait donc plein d’envie en sachant que j’allais, si tout allait bien, passer une belle journée.
Etant sur place la veille, j’ai pu effectuer une partie du parcours cycliste. Bien m’en a pris car les routes empruntées étaient superbes par endroit, le mot d’ordre n’étant pas à la visite touristique pour la journée du dimanche, je profitais donc du samedi pour me laisser aller à regarder les paysages !
Dimanche matin, 8h30, le départ natation est donnée dans une légère brume. Départ dans l’eau, je m’excite un peu trop à vouloir faire le « START » et m’asphyxie comme jamais ! Après 2 ou 3’ de moulinette excessive, je sens un gros coup de moins bien me scotcher. L’erreur est faite, il faut maintenant se concentrer à glisser en récupérant un maximum de force pour relancer et ne pas rester englué dans la masse. Heureusement la lumière revient assez vite et je peux de nouveau réfléchir…et c’est justement ce qui m’a manqué en ce départ natation. Je nage presque au milieu de la rivière avec le courant de face ! Le courant étant plus fort au milieu que sur les côtés tout le monde nage sur ma droite au bord de la rive. Je suis à gauche d’un gars qui est à gauche d’un groupe. La manœuvre droite, droite devient obligatoire ! Je passe donc à droite du bonhomme qui tire un peu trop de bords pour moi et vois ainsi le groupe de tête derrière les 2 fuyards que sont Le Toquin et Sudrie (en relais) qui nous mettrons 3’. Deux excellents nageurs donc pas de panique. Mais voilà qu’un imbécile qui avait décidé de faire le départ se sens faiblard et laisse la cassure avec le groupe de tête qui se détache donc ! Observant ça, je remonte tranquillement sans me (re)mettre dans le rouge et fais mon propre tempo. Je suis donc en tête du groupe de chasse à la bouée du demi-tour et…je vous épargne tout le retour car je nage seul avec le groupe de tête 30m devant, plus personne dans mes pieds…puis 20m, puis 10m et je réussi à rentrer à 100m de la sortie de l’eau ! Une cassure qui m’aura value un peu d’effort pour pas grand-chose finalement ! Tant pis, je suis heureux d’avoir nagé correctement et surtout d’avoir pu rentrer tout seul sur ce groupe qui m’aurais semblé « tranquille » si j’avais fait ce retour dans les pieds ! Je sors 7ème de l’eau et tenez vous bien, 4ème du parc après la première transition. Ah oui il ne faut pas longtemps pour mettre une ceinture porte dossard et un casque ! Les autres ont du prendre un café vu l’heure matinale de cet Half !
A vélo, premiers coups de pédales et grosse galère à enfiler mes chaussures Giro. J’ai opté pour l‘utilisation du modèle Techlace, pas conçu pour le triathlon mais je suis tellement bien dedans que j’ai effectué quelques modifications sur la chaussure pour pouvoir l’enfiler correctement après T1. C’est une technique qu’il faudra encore éprouver un peu mais j’aurais ces chaussures à Hawaii car elles rendent extrêmement bien la puissance déployée sur les pédales. Le début du parcours est plutôt costaud sur les 15premiers kilomètres. Ça permet de bien se mettre en jambe mais il ne faut pas non plus exploser d’entrée ! Je gère bien tout le vélo et reprend le second aux environ du 30ème kilomètre. Mais voilà le premier n’est jamais en ligne de mire. Son niveau vélo de l’année précédente étant très moyen, je m’imaginait le reprendre avant la mi-course et pouvoir creuser assez d’écart avant la course à pied où là aussi, comme en natation il excelle. Etant un habitué des courtes distances, il possède ce profil nageur/coureur qui lui permet d’être parmi les meilleurs français de cette discipline. Mais là il fait jeu égal avec moi à vélo. Heureusement mon capteur de puissance me rassure sur la puissance que je développe, je ne suis pas planté, c’est simplement devant que ça va plus vite que prévu. J’évacue cette pensée de « compétition » et fait mon bonhomme de chemin. En posant le vélo je sais que sauf ennui pour lui, il restera en tête, il ne me reste plus qu’a courir autour du 3’50 annoncé au coach pour faire ma course complète dans les 3 disciplines.
Je pars autour de 3’50 puis le GPS m’annonce que je descends sur du 3’45/km. Ca va, ce n’est pas un rythme qui m’est très facile mais que je peux tenir quand même un bon bout de temps. Le parcours à pied composé de 2 boucles permet de voir où on en est. Le premier, bien trop loin comme prévu, derrière ça se bagarre à environ 4’. C’est assez pour ne pas m’affoler mais pour garder un train correct comme celui que j’ambitionne autour de 3’50/km. La course à pied se passe bien, c’est dur par moments mais je tiens la régularité dans mes allures et je termine ce semi un peu plus long en distance (21,4kms) à l’allure de 3’48/km. Satisfait de ma performance, moins de ma place car je m’imaginais une autre course vu la startlist mais le vainqueur fut d’un meilleur niveau que prévu ou qu’observé précédemment.
Bilan positif sur cet half sympa en bretagne. Je vous le conseil si vous faite du triathlon et que vous cherchez un beau tri à faire dans l’ouest avec crêpe et bière à l’arrivée ! La forme est déjà bonne, pas exceptionnelle mais elle permet d’envisager les quelques marches qui me restent à gravir pour arriver au top le 13 octobre prochain. Avant cela il y aura une répétition générale le 15 Septembre prochain presque à la maison sur le Triathlon Half de Royan. Une épreuve superbe dans un cadre superbe avec des organisateurs au top, je crois qu’on va se régaler !

 


11/06/2018

Alpsman, un mythe en devenir !

posté à 06h50

Après Embrun l’année dernière, l’épreuve de montagne que j’avais cochée se trouvait être l’Alpsman. Cette course tombait bien dans le calendrier à plus de 4 mois de Kona et semblait ravir mes partenaires Time et Compressport qui étaient les deux partenaires principaux de l’épreuve ! Tout était donc aligné pour que je nage dans le lac d’Annecy, que je pose mes roues sur les routes montagneuses de Savoie et que je fasse gouter les pentes du Semnoz à mes chaussures de running .

Passons sur la préparation, celle-ci m’a demandé énormément de sacrifices et d’organisation, ainsi qu’à ma compagne pour jongler entre boulot, sport et nos deux enfants en bas âge. Le plus dur dans cette histoire ne fut pas d’aller faire du sport mais plutôt de gérer tous ces à côtés en restant un maximum présent autant que possible dans des semaines occupées par 37h de boulot et 20/25h de sport. Ma compagne est bien celle sans qui tout ça ne serait possible car elle sait où va nous mener ce projet jusqu’à Hawaii mais elle ne pouvait malheureusement pas venir sur cet Alpsman. Je t’emmènerais faire du pédalo sur le lac d’Annecy un de ces 4 Clémence !

Pour (enfin) vous parler de la course, je vais commencer par le commencement : un embarquement sur le bateau nommé « Libellule » à 4h du matin afin que celui-ci nous emmène au centre du lac pour prendre le départ de la première épreuve de ce triathlon format Ironman, à savoir un peu plus de 3,8kms de natation.

Ma natation se passa bien, je suis chaque année de mieux en mieux dans l’eau et je pense avoir réussi à passer une petite marche encore cette année. Ma nouvelle combinaison Orca 3.8 me procure une liberté de mouvement que je ne trouvais pas avant. En témoignent mes deux premiers triathlons de l’année ou j’ai pu prendre place dans le groupe de tête à chaque fois ! Je sors de l’eau en un peu plus de 54’ de cette natation généreusement mesurée (autour de 3950m aux montres de ceux qui m’entouraient). Je sors 6ème de l’eau ! Ce point faible qui m’obligeait bien souvent à remonter un grand nombre de concurrents au début du vélo est maintenant devenu une source de motivation pour prendre le départ des triathlons avec le plaisir que me procure cette discipline et le bonheur de voir mes temps baisser en bassin comme en eau libre !

***ATTENTION , CE QUI SUIT EST TRES LONG…PRESQUE AUTANT QUE 180KMS DANS LES MONTAGNES***

Après une transition correcte, je m’élance 3ème à vélo. Je reprend rapidement Juliette Benedicto, la première féminine sortie de l’eau 2ème (énorme nageuse !) puis reprend le premier nageur sortie de l’eau aux environs du 10ème kilomètre vélo. A ce moment là je ne m’imagine pas que je croiserais mon prochain concurrent direct dans environ 9h !!! Je monte à mon rythme presque à la Chris Froome, non pas pour les watts développées mais pour le lissage maximal de la puissance développée dans le col. Je me cale exactement à la puissance cible dans le col et les athlètes qui semblaient revenir rapidement de derrière n’ont pas fait la jonction et semblent avoir fait un départ trop rapide pour maintenir l’allure et poursuivre la route avec moi. Je monte donc le premier col qui est le Semnoz en allure très peu soutenue, je ressens même un peu d’endormissement dans cet effort de montée de col, je monte moins vite qu’à l’entrainement mais la route est encore longue, je me répète « Patience, on ne s’enflamme pas ».
Dans la descente du Semnoz, je suis frais, j’ai donc assez d’énergie pour faire la descente « taquet ». Deux motards m’ouvrent la route mais voilà, l’un sait descendre mais pas l’autre ! Heureusement il s’en rend compte assez tôt et me laisse passer pour faire ma descente comme j’aime en restant bien concentré, notamment dans les parties de routes mouillées ou le danger est plus élevé.
Le 2ème col, celui de Plainpalais, est assez facile à gérer car peu pentu et avec une redescente au milieu, sa descente est assez bonne et sur route sèche, on peut se faire plaisir, vient ensuite le col des prés, plus raide que plainpalais mais il ne monte pas très longtemps, seulement 8kms de vraie montée continue. Avec un bon faut plat sur le dernier kilomètre. Mentalement, cela passe beaucoup mieux de savoir que l’effort à gérer durera entre 30 et 40’ pas plus. La descente du col de prés est extrêmement rapide avec de longues lignes droites ou la vitesse devient grisante ! Voilà pour la présentation de cette boucle «Planpalais+Prés » que l’on fera 2 fois. Je me concentre sur mes sensations (bonnes, je respecte assez facilement les watts visées) sans chercher à augmenter les écarts. Malgré cela, quand j’entend que je reprend du temps sur l’arrière, le mental est au mieux même si je sais qu’on en est encore qu’à la moitié de cette longue demi-journée de sport !
Arrêt express au ravito perso pour changer mes 2 bidons et c’est reparti pour les 2 cols Plainpalais puis Prés. Ca va toujours, la puissance est toujours bonne même si les pédales semblent forcer un peu plus après 140kms, j’ai la chance d’être équipé du tout dernier Time Alpe d’Huez (un grand merci à TIME et Eric Boyer !) qui m’aide énormément à monter les cols souple et en relance quand cela est nécessaire. Les pentes les plus raides ne me sont plus des fardeaux à traîner au contraire de mon souvenir de l’Embrunman que j’avais fait avec mon BMC de contre la montre, une erreur que je ne reproduirais pas si je devais le refaire car le confort, la légèreté, la réactivité et la maniabilité d’un Time Alpe d’Huez m’auraient fait gagner énormément de temps le 15 Août 2017 dernier, j’en suis convaincu !
La partie finale de ce parcours vélo est en prise de longs moments avant de replonger les 10 derniers kilomètres vers Saint Jorioz. Une descente qui sonne comme une petite délivrance, on rentre au bercail, on va retrouver la civilisation (eh oui ca fait bien 6h que je suis seul avec mon vélo dans les montagnes), retoucher le sol avec ses pieds et attaquer cette dernière épreuve pleine de mystère afin de savoir comment vont pouvoir me porter ces jambes qui ont souffert durant les 184kms de ce parcours vélo pour m’emmener en haut du Semnoz mais cette fois à pied pour en finir avec ce marathon.

Une fois les pieds au contact du sol, la respiration se coupe quelque peu, il faut gérer un mode de respiration différent. Pourtant les premières foulées sont assez légères, c’est plus le souffle qui peine à venir se réguler au rythme des foulées. L’apaisement du point de coté fait ensuite place aux jambes plus raides, moins souples, les genoux semblent peser une tonne, ils ne montent plus pour allonger la foulée. La guerre interne commence. Courir jusqu’à un point de ravitaillement, boire un verre et se remettre un coup de pied aux fesses pour repartir. Mon but pour ne pas m’arrêter de courir est le km25 qui est nommé le tournant. A ce point, on sonne une cloche si on a la chance que l’heure de la journée ne soit pas supérieure à 17h30. Les heureux élus iront grimper le Semnoz pour terminer ce marathon, les autres resteront au bord du lac pour 2 tours de plus afin de terminer leur marathon. Mon tournant est très suivi car je suis le premier à aller sonner la cloche. A ce kilomètre 25 je n’ai qu’une envie : m’arrêter, boire, manger, m’asseoir. Quitte à y passer 5’ j’ai envie de repartir presque à neuf. Mais voilà, j’arrive au ravitaillement qui se situe 10m avant la cloche du tournant, je sens le public en haleine à l’idée que je sonne cette mythique cloche. Je m’arrête quand même, bois ce qui passe, mange ce qui passe (pas grand chose), m’assois par terre car pas de chaise en vue. Je me relève presque aussitôt, je n’arrive pas à calmer mon esprit pour faire le vide 30’’. Je demande mon sac de ravito perso du tournant pour y prendre un mini Mars (faut que ca reparte) et une compote puis m’approche de la cloche. Je vois Ludo, un des acteurs principaux dans l’organisation de cet événement, il me dit d’en profiter, j’avoue qu’à ce stade d’épuisement, j’ai du mal, mais la fatigue aidant, l’émotion m’envahit. C’est con, ce n’est qu’une cloche qu’on va faire sonner pour monter en haut d’une montagne, mais le public, l’effet mystique de s’attaquer à une montagne bien plus grande que nous et voir ma famille et mon petit Tom me font avoir la gorge serrée. Un bisous à Tom et je pense avoir recouvré mes forces. Mais cette sensation n’est qu’illusoire car une fois le dos tourné au lac, le vide redevient notre compagnon. Je n’ai pas pris l’option d’avoir un accompagnant pour la montée du Semnoz me disant que je n’allais pas faire subir une montée de 17kms à une allure marathon à mon père. Mais il n’est plus question d’allure, il est alors question de courir pour ne pas marcher, puis de marcher pour ne pas s’arrêter. Le réconfort aurait été un atout indéniable mais je ne me pose pas cette question là à cet instant. Je pense surtout à cette vision qui se trouble, à ces yeux qui « sautent ». Plus le choix, il faut prendre son temps si on veut atteindre le sommet. A vouloir aller vite, je peux ne jamais arriver en haut. Je sens ma silhouette parfois vacillante. Un malaise pourrait être fatale à une si belle journée, qu’elle soit victorieuse ou simplement abouti en allant au sommet. Je me dois d’aller au bout en gérant cette jauge d’énergie qui jongle avec la zone rouge. La montée n’a même pas encore démarrée que je marche sur une simple route légèrement montante. Je recours au profit d’une redescente et me dis alors que ma stratégie va être ainsi, monter en rythme de marche la plus rapide possible et courir en foulée légère sur les parties plus planes et de descente. Mais voilà que mes foulées provoquent un brassage de bide qui pousse des spasmes qui s’atténuent en marchant lorsque les chocs ne sont plus présents. Premier ravitaillement de la montée, les bénévoles sont compatissants, je dois avoir une sale tête, ils sont pleins de bienveillance envers moi, je capte un mot sur 2 mais ressent un grand respect pour notre effort, ça fait chaud au cœur. Je repars en légère foulée, comme pour les remercier de m’avoir insuffler un brin de courage par leurs encouragements.
Je sais depuis le tournant que je ne serais pas le premier à franchir la ligne en haut du Semnoz. J’avance non pas pour ne pas perdre de temps sur l’arrière mais pour me rapprocher de la fin. Je n’ai pas cet esprit conquérant de vaincre les autres, j’ai simplement l’envie de me battre contre cette montagne. Relever le défi qu’elle m’impose de la gravir avec des cuisses en béton armé, un ventre fragilisé par la durée de l’effort et des mollets qui arrivent à cramper jusqu’à la base des chevilles en simple marche rapide dans les pierriers. Je ne pense à rien d’autre que ne pas glisser sur les pierres, passer au mieux la boue ou je laisserais quand même ma chaussure à deux reprise, les racines pour éviter de partir à la faute et tous les pièges que peuvent offrir le terrain de jeu des traileurs (truc que je n’ai jamais fait mais ca serait à tester sans nager ni rouler avant !).
A environ 7kms du sommet je vois enfin mes proches. Mon père semble ne pas imaginer dans quel état je suis et il me dit de courir, je lui lance que je n’ai pas la possibilité de faire plus. C’est dans ces moments que j’imagine s’il avait été à mes côtés dès le bas, il aurait pu juger de mon état mais aurait aussi trouver des leviers pour faire oublier la douleur à mon cerveau et me concentrer sur les infos de la course, retrouver de l’espoir et un bon côté à cet effort qui me semble tellement inutile à ce moment. Effort qui me semble idiot. Oui idiot de pousser autant son corps dans l’effort alors qu’on est dans un état qui nous empêcherait presque de se lever pour aller travailler. Ces pensées négatives sont de plus en plus difficiles à chasser seul. Je me laisse autoguider par les banderoles « Alpsman » qui jalonnent très bien le parcours pour éviter les fausses routes. Je prend presque mon temps, non pas de regarder le paysage, je n’ai plus le goût à regarder autour de moi, mais le temps de m’appliquer à monter, me concentrer à vaincre ces pentes abruptes et même m’arrêter par 3 fois pour soulager ce ventre qui m’oblige à l’arrêt à chaque spasme. Le dernier arrêt de ce genre sera à moins de 2kms de l’arrivée. Si proche du but, je n’ai plus la notion de « course ». Je sais que je finirais et je continue ma marche en avant. J’entend au loin des voix derrière moi, 3 hommes, je me demande pourquoi tant de monde si c’est le 3ème qui rentre, un seul accompagnant étant autorisé. Ca m’affole, je me dit qu’ils sont peut-être 2 à la bagarre à rentrer sur moi et au point où j’en suis, je ne veux plus dégringoler du podium à un kilomètre de l’arrivée. Cédric Jacquot me rattrape accompagné de 2 personnes qui ne sont pas dans la course (un accompagnant et un autre gars), tant mieux pour moi je reste sur la boîte. Je l’encourage et lui demande où est le 4ème, sa réponse « à 2’ » ne me fait pas du tout plaisir. Je réfléchit 30" avec le peu de sang qui vient irriguer mon cerveau et me dit qu’il me reste assez long en temps pour me faire rattraper si je ne cours pas. Mon corps n’en peut plus mais le mental prend le dessus, je regarde Cédric Jacquot trottiner et comme un robot, j’exécute le même mouvement que lui. Ca me semble presque normal de le suivre, ça semble ne pas lui faire plaisir car il se retourne un peu mais j’ai presque envie de lui crier de ne pas s’inquiéter, je resterais derrière, c’est à ce moment là plus un allier qu’un adversaire. 2 ou 3, peut m’importe. J’ai trouvé mon accompagnant dans ce dernier kilomètre en la personne de ce concurrent. Quel bien ça m’a fait, ça ne fut pas plus facile, certes, mais bien plus efficace pour terminer l’ascension. Au bout de cette dernière longue prairie, je marche dans un « bain de boue » et ma chaussure s’englue au fond, mon pied gauche sortant uniquement en chaussette. Je me demande si je monte jusqu’en haut comme ça ou si je prend le temps de la remettre puis demi-tour, on ne vas pas faire n’importe quoi, finissons en chaussure ! La dernière rampe est abrupte au possible. J’ai Cédric juste devant avec les petites secondes qu’il m’a prises dans cet arrêt incongru, mais je vois surtout la ligne et le 4ème encore tout au loin dans le contrebas. C’est bon, je suis 3ème, mon craquage fut assez bien géré pour terminer en haut, en moins de 12h et qui plus est sur le podium. J’aurais pu mieux faire durant la montée peut-être avec une gestion différente mais un effort aussi long ne s’apprivoise pas du premier coup avec des allures « idéales » auxquelles on a pensées tranquillement chez soi. Les détails comptent et l’expérience est souvent gage de meilleure performance ici.

Cette Alpsman Xtreme Triathlon est donc une aventure à vivre à bout de souffle. Pour faire le comparatif avec Embrun que j’ai pu faire l’an dernier je dirais qu’Embrun est magnifié par des athlètes souvent prestigieux au départ tandis que l’Alpsman magnifie ses athlètes.

 


15/05/2018

L'Half Ironman Pamplona pour une reprise espagnole!

posté à 16h02

Je renfilais mon habit de triathlète pour la saison 2018 ce 12 Mai à Pampelune. Enfin plutôt à Lerate pour être précis car la natation se passait un peu plus au sud de Pampelune.
Tout ça pour nous permettre de profiter du vent du Nord en pleine face sur une grande partie du parcours vélo!

Le temps n’était pas, lui, à la mode espagnole. Gris, humide, à peine 10 degrés...pas l’idée que je me faisait de ce triathlon quand je m’y suis inscrit en début d’année! Malgré celà il fallait bien se jeter à l’eau! J’ai eu la chance de partir avec les élites, une première pour moi! Quel pied! Je me suis dit que je n’aurais pas à me bagarrer en me calant à droite des élites femmes...penses-tu les claques ne sont pas passées loins de mon visages toute la première ligne droite jusqu’à la première bouée! J’ai retenu la leçon, ne jamais énerver une femme quand elle est pressée! Malgré tout, j’ai réussi à prendre un rythme soutenu mais gérable en maintenant ma position dans un petit groupe donc avec une vague ou des pieds jamais très loins. Malgré que j’ai parfois dû relancer pour boucher quelques petits trous, j’ai trouvé cette natation très sympa, en bonne compagnie et avec un bon petit mal au bras au départ vélo, ce qui valide que j’ai nagé à mon potentiel! Et mon potentiel actuel me fait sortir dans le pack de tête (11ème temps) derrière seulement 3 ou 4 échappés aquatiques parsemés dans l’eau! La nouvelle Orca 3.8 qui m’avait laissé une bonne impression lors de mes entrainements est encore plus validées avec cette natation en compétition!

Dès la sortie de l’eau, le ton est donné, ça ne va pas être plat. Nous devons traverser le camping Aritzaleku qui se dresse devant nous sur une pente très abrupte sur les 520 premiers mètres puis en légère montées ensuite sur les 300/400m suivants. Après une transition ou j’ai été un peu gêné par un autre élite (ce qui ne m’arrivait pas avant car j’arrivais quand eux étaient déjà partis!), je pouvais enfin sauter sur mon Orbea Ordu pour lui offrir sa première balade triathlétique sur Half!

A croire que je lui avait mis la pression en lui glissant à l’oreille que mon BMC était une machine de guerre, dès les premiers coups de pédales, les watts sont bonnes. Les jambes un peu froides ne me permettent pas de faire de folies mais une fois le tout réchauffé ça monte bien dans les tours! Je sais qu’au bout de 20/25kms, on tourne sur la gauche et à partir de ce moment là c’est vent de face jusqu’à Pampelune! Cette première partie se passe bien mais l’espagnole Paredes me titille dans les montées en restant 100m devant sans que je ne puisse rentrer en restant dans ma zone cible. J’attend patiemment de tourner à gauche pour récupérer le petit Paredes dans le pare-choc car s’il aime bien les bosses, je pense que le vent risque de l’arrêter...et pas manqué, à peine 2kms après ce fameux virage gauche, tout en restant sur la même puissance développée depuis le début, j’enrhumme mon ami espagnol en rigolant intérieurement du scénario que je m’étais imaginé et qui se produisait! La route étant encore longue, le vélo se passa ensuite bien en restant concentré et gainé vent de face et le plus souple possible en montée. La puissance me surpris même à être encore assez aisément tenable sur la fin du parcours, presque plus facile qu’au début lorsque mes jambes avaient encore des glaçons dans les muscles. Je ne vais pas cacher que le jambes avaient perdu un peu de leur fraîcheur mais tout était au vert pour partir courir!

D’ailleurs cette seconde transition se passa sur les hauteurs de Pampelune après une belle ascension que nous emprunterons aussi à pied sur les 3 tours de circuits! Je crois un camarade espagnol durant la transition avec qui j’échange un regard et me disant intérieurement que vu la bracasse qu’il tirait à vélo, je vais pas tarder à le reprendre à pied malgré ses grandes jambes!

Il part assez vite sur ces 19kms du parcours accidenté de Pampelune. Je pars vite aussi en essayant de rester en aisance respiratoire et en ayant une foulée légère. Je le reprend dès le 2ème kilomètre, ça c’est fait, je check ma montre, aie aie aie 3’40/km, ON SE CALME. Mais après une petite réflexion interne je me rend compte que sur ces 2 premiers kilomètres, nous avons passé les ¾ du temps à descendre, donc le 3’40/km est tout de même raisonnable pour mon allure de 3’50 visée. La fin du parcours est quant à elle bien accidenté avec la remonté en haut de la citadelle de Pampelune pour passer à côté de la finish line. Je me rapproche ainsi de 3’50/3’55/km, ce qui me semble correct et pas mal avec ce parcours as plat du tout. Dans le 2ème tour une fusée me double, c’est le champion d’espagne Gustavo Rodriguez Iglesias, tenant du titre ici mais que j’ai vu arrêté sur le bord de la route regardant sa roue arrière. Je me dit “Tiens il a réussi à repartir le bougre!” Tant pis pour moi, il est vraiment plus fort et m’enrhume à pied! Je pense qu’il court en 3’30/km, ca va vite même s’il buffe un max! Je pense que je prend quand même un petit coup au moral car je me démobilise 5’ et prend une petite douleur au ventre niveau respiratoire. La remontée vers le centre ville me fait du bien, les jambes sont bonnes et ça régule mon souffle de monter et pousser/tirer dans cette bosse. J’accélère mon rythme dans le dernier tour afin de relancer un peu et ne pas faiblir, ce qui me parait bon car je retrouve un rythme plus conquérant que dans le second tour et termine ce parcours pédestre assez bien en ayant l’impression d’avoir tout mis. Niveau place je n’ai pas trop fais les comptes mais je termine 4ème en ayant posé le vélo 5ème. Je me suis trouvé sur le podium un petit tour jusqu’à la moitié du second tour quand l’espagnol volant m’a enrhumé. Tant pis, la boite n’était pas loin mais la perf est très bonne sur cette coupe d’espagne avec un niveau vraiment relevé et où je termine à environ 3’ de la gagne. Sur 4h d’effort je pense être resté au contact en solo sans jamais voir la bagarre devant moi, tout en faisant ma course ce qui témoigne d’une bonne gestion et d’une bonne condition.

Dans la nuit du samedi au dimanche, je ne sais pas si les espagnols arrosaient ma victoire ou si c’était autre chose mais j’ai eu l’impression de partager la soirée avec beaucoup de fêtards et d’être au milieu de la rue et des chants espagnols...tout en restant dans mon lit...la fenêtre donnant sur une rue passante! :s

Après une petite récup de quelques jours, je vais pouvoir terminer la préparation de l’Alpsman le 9 Juin prochain. Il faudra refaire le plein de courage d’ici là car cette épreuve va être extrême!

 




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